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4 juillet 2012
Christel

Un mariage à l’indienne

Mardi 9 mars 2010. Nous nous rendons, Christel et moi, à notre premier mariage en Inde. Il a suffi de quelques minutes de discussion avec Ragu, notre couch-surfer atypique, pour que nous soyons embrigadées dans cette nouvelle aventure. Des amis d’amis de sa famille se marient le lendemain dans un petit village à proximité de Tirunelveli. Il est convenu que nous nous y rendions avec le chauffeur et la voiture de Ragu mais sans lui. Il a des « affaires » à régler avant et s’y rendra par ses propres moyens. Il semble bien qu’il trouve un malin plaisir à entretenir un certain mystère autour de lui et de sa vie.

Les préparatifs commencent pour nous avec le shopping. Question existentielle : comment s’habille-t-on pour aller à un mariage hindou dans le Tamil Nadu ? Première solution qui nous vient en tête : procurons-nous un sari. Première embûche : barrière linguistique qui nous empêche d’expliquer clairement ce que nous voulons (« un sari pour ce soir » ne semble pas faire parti de ce que le tailleur a en magasin). Deuxième difficulté : le temps. Nous avons besoin de notre tenue pour le soir même et lorsque l’on achète un sari, il n’est pas ready made. Il faut d’abord le porter chez le tailleur qui fait les ourlets et confectionne la blouse sur mesure. Il faut aussi trouver le jupon assorti à la couleur du sari pour ne pas commettre une faute de goût majeure. Qui a dit qu’un sari c’est juste un bout de tissu de plus ou moins 5 m 50 de long ?! Ayant fait un trait sur notre rêve éphémère de jouer les naïades en drapé de soie, nous nous rabattons sur un simple ensemble haut et pantalon. Ce n’est pas sans peine que nous arrivons à faire notre choix parmi toutes les paillettes, les perles et les broderies brillantes…
Ainsi vêtues, nous pouvons prendre la route vers Tiruneveli.

Appel de Ragu et changement de plan : la cérémonie n’est pas le soir même mais le lendemain. Le grand défilé de mode assez redouté est donc repoussé. Nous ne nous sentons pas le plus à l’aise du monde dans nos nouveaux « costumes » (pour une fois le terme anglais est bien approprié…). Ce soir, c’est simplement un petit rassemblement familial informel avant la grande fête du lendemain. Un peu moins d’inquiétude pour nous, on commence en douceur. Nous passons l’après-midi en compagnie de notre chauffeur (oui oui... notre chauffeur, on est comme ça ici !) et d’un homme dont nous n’identifions pas du tout la fonction, un peu comme tous les gens qui nous entourent en ce moment. Il nous montre le temple, nous nourrit avec un sweet tout ce qu’il y a de plus sucré et un tchai à faire s’évanouir un diabétique malgré notre « no thank you » trop timide sans doute.

Le soir venu nous nous rendons à la petite fête de campagne ; au milieu de nulle part pour ainsi dire. Quelques chaises sont installées au milieu d’un jardin gazonné et sous un ciel magnifiquement étoilée, des lucioles volètent autour de nous. Nous sommes présentées à tous les invités qui nous prêtent le plus grand intérêt. C’est ainsi que nous passons la soirée à enchaîner les discussions sur des sujet divers et variés. Les AMAP en France et le principe de food miles, les mariages arrangés : avantages dans une société indienne centrée autour de la cellule familiale, les rapport entre jazz et musique karnatique... Les gens sont charmants et la nourriture délicieuse. Il n’en faut pas plus pour mettre du baume au cœur après cette journée stressante et la perspective de ma tenue du lendemain qui m’angoisse un peu, je dois l’avouer, car non ! les paillettes qui brillent de mille feux n’ont pas été inventées pour moi… C’est donc fourbues mais heureuses que nous nous endormons dans la chambre d’hôtel que Ragu a réservée et payée pour nous.

Mercredi 10 mars 2010, c’est le grand jour. Hier, on nous a expliqué que la cérémonie à laquelle nous allions assister n’est pas le mariage à proprement parler. Ce dernier avait eu lieu une semaine auparavant. Aujourd’hui, c’est le jour où la mariée vient habiter dans la maison de sa belle famille comme le veut la tradition en Inde. Une sorte de grande fête de bienvenue. Dans le cas de cette famille, ce n’est que symbolique car le jeune couple vit à Bangalore dans son propre appartement. Cette maison appartient à la famille depuis plus de 200 ans et c’est à ce village que tous ses membres appartiennent vraiment en fin de compte pour reprendre les explications des cousins au troisième degré du marié.

Nous arrivons à 10 heures comme convenu avec Ragu. Il n’est pas encore là mais nous sommes tout de suite prises en main par les hôtes qui veillent à ce que l’on se sente le plus à l’aise possible. Jus de fruit, coffee, visite guidée de l’immense maison : rien ne manque. Les saris des femmes sont tous plus éclatants les uns que les autres. Avec la vénération toute occidentale que nous vouons à la petite robe noire et au complet sombre, c’est une débauche de couleurs à laquelle nous ne sommes pas habituées lors des grandes occasions. La soie des vêtements et la profusion d’or et de pierres précieuses dans les bijoux sont là pour rappeler le rang des invités.

Les mariés arrivent sous un flot de pétards on ne peut plus bruyants. L’excitation est à son comble ! Dès que leurs pieds se posent sur le sol, hors de la voiture, ils sont accaparés de toutes parts. Colliers de fleurs odoriférants et bénédiction à base de cendre sacrée leurs sont donnés sans plus attendre. C’est à partir de ce moment précis que ma compréhension des multiples événements qui vont s’enchaîner s’arrête. Tout le monde semblait avoir une place et un rôle bien précis mais rien de toute la logique donnant sens à tout cela ne transparaissait à mes yeux. Bénédiction, premier repas symboliquement offert à la nouvelle belle-fille, puja, re-bénédiction, cérémonie des cadeaux que l’on n’ouvre absolument pas devant ceux qui les offrent… C’est impressionnant de se rendre compte que ce qui fait sens pour des gens, dans un contexte et une société donnés, ne le fait absolument pas pour d’autres.

L’effervescence qui entoure le couple s’éteint soudainement. Tout rentre dans l’ordre comme après une tempête. Le repas est servi sur une feuille de bananier. Les femmes troquent leur sari en soie contre un habit plus ordinaire, les hommes échangent leur dhôti blanc et or contre leur pantalon patte d’éléphant favori.

Une première immersion dans ce monde inconnu. Un doux sentiment d’incompréhension, de découvertes, d’aventures, d’incohérences et de nouveauté : voilà ce qui nous attend pendant les cinq prochains mois. Voilà ce que nous allons tenter de partager ici.

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