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24 octobre 2012
lorris

Mleeta : la résistance mythifiée

Qui veut la paix prépare la guerre

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Au cœur de la montagne libanaise, près de Mleeta, le Hezbollah a construit un musée à ciel ouvert à la gloire de la résistance opposée aux israéliens, depuis 1982 et jusqu’au retrait des troupes israéliennes du Sud-Liban puis en 2006.

Mais encore faut-il s’y rendre, car aussi intelligent le Hezbollah soit-il, il n’a pas encore pensé à instaurer un service de navettes pour les étrangers sans trop d’argent ni de voitures ! Après avoir pris un mini-bus collectif et un taxi au prix âprement négocié avec l’aide de mon premier conducteur, je débarque aussi paumée que l’endroit dans lequel je suis tombée, au bout d’une route en lacet à travers la montagne jaunement verte.

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Il s’agit d’un véritable musée avec une cafétéria, une boutique de souvenirs, une salle d’exposition ou encore une salle de prière. La mise en scène est extrêmement bien pensée et édifiante. Le chemin emprunté permet d’avoir une vue d’ensemble sur l’Abysse, la fosse où est enfoncé l’ennemi israélien, une sorte de champ de guerre et de violence, puis de passer entre les éléments qui le compose : un camion éventré, un tank au canon noué — symbole de la défaite sioniste —, les innombrables casques des soldats israéliens ou encore leurs missiles. Puis, on continue sur le Sentier, le parcours du combattant bordé de treillis, serpentant entre les arbres et les scènes de reconstitution, comme cet abri de prière où trône un exemplaire du Coran, ouvert, cerclé de kalachnikovs. Avant de déboucher sur la Grotte. Quoi de plus efficace que de marcher sur les pas des résistants pour comprendre leur abnégation et les souffrances endurées !

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Ce qui frappe dès le départ c’est le nombre d’enfants, venus en groupe ou avec leurs familles pour passer la journée. Qu’il est doux de faire ses premiers pas ou de courir entre les obus et les casques des soldats israéliens tués au combat ! Je dois reconnaître qu’en faisant abstraction des objets exposés (ce qui demande tout de même un effort considérable !), l’endroit est agréable et très bien aménagé ! Ils se penchent au dessus des barbelés sur cette mise en scène de violence sans le recul nécessaire, avec les commentaires de leurs parents sur l’ennemi israélien.

Car si la série de panneaux, traduits en anglais, témoignent d’une propagande bien ficelée, rappelant que « Israël n’est PAS invincible » et se terminant par « Un hommage aux Âmes des Martyrs de la Résistance », les discours les plus intéressants sont encore ceux des visiteurs.

Extraits de rencontres

Moussa, 29 ans et bedonnant :

Si Dieu le veut, on enverra Israël en enfer ! On leur marche dessus ! Je n’ai aucun problème avec les juifs, par contre je hais les sionistes. Je veux vivre en paix, mais si Israël attaque, je suis prêt à prendre les armes et me battre jusqu’au bout ! C’est normal, c’est une question de survie ! » Pour autant, il n’est pas pro-Hezbollah et baisse la voix pour me dire : « Israël et le Hezbollah, c’est la même chose ! Ils ont besoin de faire la guerre pour exister ! Hezbollah sans Israël n’est rien !

Fatima, libano-canadienne, m’étonne par ses réflexions du haut de ses 12 ans (à moins que ce ne soit qu’un discours ressassé par ses parents et assimilé) :

On ne peut pas aller en Palestine.
— Pourtant, tu as un passeport canadien !
— Oui, mais si on prend l’avion, qu’on mange et tout, ça fait de l’argent pour Israël et avec, ils achètent de nouveaux équipements, ils nous attaquent et ils prennent nos terres ! Israël veut conquérir toutes les terres autour, il veut conquérir le Liban.

Rencontre avec un groupe de filles, des scouts d’Al-Mahdi, qui quelques minutes auparavant, en rang deux par deux, scandaient des chants en coeur contre Israël. Isra, 13 ans :

La paix avec Israël ? Jamais.
— Alors que faire ?
— Enfin, s’ils restent sur leurs terres, ça va.
— Quelles terres ?
— Ben justement, ils n’en ont pas ! Moi ce que je veux, c’est qu’il n’y ait plus d’Israël. Au moins là on sera tranquille et on aura la paix !

Voilà de quoi méditer pour résoudre les conflits au Moyen-Orient !

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Après m’être assise près de deux heures avec les scouts, je tente de repartir du musée, mais surprise, pas de taxi ! L’homme à l’accueil me fait assoir et me sert du Pepsi, puis du café en attendant. En attendant quoi, au fait ? J’avais convenu avec le taxi qu’il revienne à 16 heures, je n’ai pas assez d’argent pour rentrer sinon ! D’autres responsables du musée viennent discuter avec moi dans un mélange de français, d’arabe et d’anglais : je suis la nouvelle attraction du lieu !

Un taxi arrive. Un de mes protecteurs part négocier le prix, revient : « hors de question que tu prennes le taxi, c’est beaucoup trop cher, c’est n’importe quoi ! » Bon. Ils se concertent. « Ne t’inquiète pas, on va te trouver une famille pour te ramener ! » Trois jeunes dans leurs uniformes beiges, armés de leurs talkies-walkies, arrêtent toutes les familles qui franchissent le portail. Les refus s’enchainent, ce n’est pas sur leur route. On me donne un paquet de chips, c’est vrai qu’il fait faim ! Leur stratégie finit par se révéler payante : au bout d’une heure, une famille accepte de me prendre !

Je remercie mes protecteurs qui refusent de me serrer la main mais portent la leur sur le cœur avec un immense sourire. Leur générosité m’a beaucoup touché. Voilà de quoi casser l’image dépréciative à l’excès des partisans du Hezbollah, véhiculée par les médias occidentaux comme par une partie de la population libanaise elle-même ! Dans la voiture, la jeune fille Fatima me parle français, son mari anglais, sa mère arabe et son petit frère me sourit. Je finirai cette journée sur les paroles de Fatima :

Israël a détruit nos maisons, nos familles. Le Liban a souffert des nombreuses guerres. Mais le peuple libanais aime la vie !

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