L’œil d’Hermès
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12 septembre 2012
Mathias

Le portrait de Norbert

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Le soleil se lève sur Ifaty, petit village du sud-ouest de la grande île. Les vezos qui l’habitent sont un ancien peuple nomade qui s’est sédentarisé et dont toutes les activités sont liées à la mer. L’air est encore frais et mes déplacements sont un peu hésitants, je suis encore engourdi par le réveil. Je longe la longue plage de sable blanc, partout maculée de déchets de toutes sortes et des besoins matinaux des malgaches que la nuit a accumulés, et que la marée n’a pas encore essuyés. La mer bleutée, rougissante aux lueurs du soleil matinal, se couvre peu à peu de pirogues à balancier aux allures effilées, et aux voiles en sacs de riz multicolores. C’est le départ de la pêche.

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Une pirogue à contresens attire mon attention. Un vieil homme rentre du travail. Il vient de passer la nuit à trois kilomètres d’ici, derrière la barrière de corail. Les yeux embrumés par la fatigue, emmitouflé sous une cagoule rouge que les années ont délavée et couverte de plusieurs couches de sweat, Norbert revient d’une nuit de pêche à la ligne. Le seau débordant de barracudas, mérous et autres carangues et capitaines témoigne d’une pêche fructueuse. Il m’annonce que le tout se vendra 20 000 ariarys, soit environ 10 euros. Fatigué, le vieil homme me salue et va entamer sa nuit diurne.

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La journée touche à sa fin lorsque je retourne le voir. Assis sur le sol poussiéreux d’un terrain familial, il commence à me conter sa vie. Dans un pays où l’espérance de vie n’excède guère les 60 ans, Norbert, né en 1936, est un fossile vivant qui a traversé les âges. Son ancienneté lui confère le titre de notable dans son village. Il est respecté de tous. Ses yeux pétillent lorsqu’il me parle de tous les métiers qu’il a exercés avec fierté. Ancien charpentier, maçon, ferrailleur, forgeron ou encore chef de chantier, il s’est tourné après quinze années de travaux dans le bâtiment vers la mer, qui pour lui était moins exigeante sur les horaires. il n’a jamais arrêté de travailler car il doit subvenir aux besoins d’une famille nombreuse.JPEG Quand la mer le permet, il passe la nuit derrière la deuxième plus grande barrière de corail au monde, à trois kilomètres des siens. A 71 ans, quand le vent ne le porte pas, il fait cette distance à la rame, à la force de ses bras durcis par des années d’effort.

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